Menu
Rubriques
Liens
|
« Il est important d’avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue lorsqu’on les poursuit. » dit Oscar Wilde.
Je suis heureuse d’avoir fait ce voyage que je portais en moi depuis plusieurs mois voire plusieurs années. J’ai toujours eu (et bien plus depuis l’arrivée des enfants) une perception aigüe du temps qui passe. Au lieu de se laisser porter par le vent de notre quotidien confortable et de sentir le temps "filer", l’idée était de re-prendre la barre et de fixer notre propre cap, pour toute la famille.
C’était en effet un projet familial. Nous avons associé les enfants, nous avons partagé toutes nos journées avec eux, joué, discuté, échangé sur les pays, les gens rencontrés, leurs vies différentes et souvent difficiles. Jour après jour, nous les avons vu changer, jouer entre eux et avec les autres enfants, se chamailler, grandir...sous nos yeux.
Toutes ces rencontres, ces découvertes, ces émerveillements ou ces colères nous marqueront. Nous revenons plus riches de cette différence. L’ailleurs et l’autre nous paraissent plus accessibles ; si loin, si proches…
Une fois les amarres larguées une première fois, tout paraît possible et nous espérons pouvoir poursuivre ce chemin. Nous souhaitons que les valeurs rencontrées tout au long de ces 5 mois : recherche de dignité, solidarité, respect de la Terre restent au cœur de nos préoccupations …et de nos prochains voyages (qu’ils soient réels ou intérieurs).
Babeth.
Nous sommes rentrés.
J’espère néanmoins que le voyage durera encore longtemps. Quelques lignes ont bougé. Quelques repères se sont déplacés. Nous ne percevons pas encore totalement l’importance des changements opérés, mais notre regard sur le monde sera certainement modifié : certains enjeux, certaines priorités voire certaines urgences nous sont apparus. Ainsi je ne conçois pas ce retour comme la fermeture d’une parenthèse.
La richesse de ces 5 mois est au cœur de nos rencontres. Quelques lieux magiques resteront gravés pour jalonner nos souvenirs, mais les émotions les plus fortes sont liées à nos échanges, en Français ou en Espagnol…C’est là, au cœur de ces confrontations, voire de ces collisions parfois, que nous avons pu appréhender le mode de vie de la Sierra ou la misère des bidonvilles. Nous avons été choqués ou bousculés. Emus, ravis et enchantés. Mais je ne cache pas mon plaisir d’avoir dû remettre en cause quelques idées préconçues ni le bonheur d’avoir pu sentir le changement. Nous en connaissons maintenant la saveur pimentée !
Nous sommes rentrés, changés.
Franck.

|
Publié à 23:56, le 25/08/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Voici un petit bilan chiffré de notre voyage :
- 151 jours sur le sol Sud-Américain
- 2 monnaies, 2 environnements distincts (urbain puis rural), 2 climats bien différents
- 4600 € dépensés sur place (sans compter les vacances d’Août)
- Point le plus bas : niveau de la mer, sur la côte Pacifique de l’Equateur
- Point le plus haut : 5000m pour Babeth et les enfants, 6267 m pour Franck
- 2 anniversaires
- 1 doudou et un téléphone portable volés
- 3 pulls perdus
- 1 dent de lait en moins pour Aurélien
- entre 5 et 10 kgs en moins pour Franck
- 2 à 3 cms en plus pour les enfants
- 8 décollages
- 2 trajets en bateau, 1 en train
- de nombreux kms en bus, en voiture, en camionnette, en mototaxis, en camion, à cheval et …à pied !
Sur un plan moins quantitatif :
- quelques larmes versées au départ d’Arequipa (à l’école et à la maison de Dina)
- une vocation de volcanologue/archéologue pour Aurélien
- l’affirmation de notre conscience écologique
- la découverte de nos profils de voyageurs :
Aurélien : intéressé, curieux, observateur
Amélie : prudente, généreuse, peu exigeante
Camille : énergique, attachante, fatigante
Franck : prévoyant, gestionnaire, sociable
Babeth : motivée, confiante, active
- de nombreuses rencontres de voyageurs et d’autochtones :
Au PEROU
· Auriane
· Caroline
· Maxine David de Montréal
· Thomas (Toomek) le Polonais de Paris
· Amélie et Patricia sur le bateau du Lac Titicaca
· Marine et Clémence d’Audencia de Nantes
· Dina et Raymundo, Salomon, Olga et Rudy, Miguel Angel et Féli, Maxi
· Eusebia
· Carlos, Carina, Marco et Maria Emilia
· Inès et Persi
· Marita, Rocio, Susanna et les autres professeurs de l’école
· Les enfants de l’école
· Juan à Urubamba
· Samuel et sa famille à Cusco
En EQUATEUR
- Pierrick, apôtre de la libération !
- Catherine, vétérinaire
- Mathilde, stagiaire agro
- Greg et Caroline à Palacio Real
- Mimi de Monetiers
- La famille Hustache et leurs amis, la famille Dagicourt partis pour un tour du monde d’un an avec leurs 2 enfants
- Nicolas, Mariane, Timothé, Zoé et… Bill !
- Jose et Manuela de Guabug
- Fanny de Palacio
- Maria et Trinitad
- Freddy, ses sœurs et sa famille
- Joël, Walter, "Fernand" et Dominica
- Les enfants de Bayubug
|
Publié à 15:54, le 19/08/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Les pieds dans l'hémisphère nord, la tête dans l'hémisphère sud...ou l'inverse !

|
Publié à 15:51, le 19/08/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Nous avons découvert un autre Equateur… En redescendant au niveau de la mer, le paramo a laissé place à des étendues immenses de bananeraies, aux rizières et aux champs de cannes à sucre. Les maisons en parpaings se transforment en cabanes de bambous sur pilotis ; les costumes chauds et colorés des Andes en shorts, T-shirts et maillots de bain. La chaleur est accablante, les enfants se baignent nus dans les rivières et les hommes se prélassent dans les hamacs.
Nous avons passé 4 jours à Puerto Lopez au bord du Pacifique où la brise venue de la mer rend l’atmosphère supportable et où la douceur de vivre est palpable. Première joie : notre immersion dans l’eau délicieuse de l’océan Pacifique ! Jeux d’eau, jeux de plage, farniente… le plaisir était réel pour nous 10.

Puerto Lopez restera associé avant tout à une magnifique rencontre. Ce matin-là, nous sommes partis avant les autres groupes de touristes et la chance était au rendez-vous. Nous avons d’abord aperçu leur dos noirs se profiler et surgir de temps à autre entre les vagues, puis se rapprocher jusqu’à venir frôler notre bateau. Nul besoin de mots, si ce n’est quelques exclamations de surprise et de joie ! Quelques minutes plus tard, un couple de baleines et leur bébé nous ont offert un spectacle à la mesure de leur taille et de la part de mythe que ces mammifères engendrent. Le mâle frappe la mer de sa nageoire caudale et saute hors de l’eau en dégageant une impression de puissance phénoménale tandis que la femelle semble danser en se tournant dans l’eau. Nous assistons subjugués à cette parade, à cette danse où se mêlent le spectaculaire et l’intimité. Quelques minutes plus tard, notre bateau a repris sa route vers l’île de la Plata. Nous nous sommes esquivés savourant pleinement ce magnifique cadeau !!

|
Publié à 03:39, le 17/08/2009, Puerto López Mots clefs : |
Lien |
|
Nous voici à 10 à parcourir les rues de Quito, les piscines de Banos ou les chemins de Bayushi. Les vacances ont débuté par des retrouvailles joyeuses et très attendues ; depuis les jeux n’en finissent pas ! La famille Lemaître s’est remise petit à petit du décalage horaire et s’acclimate à l’altitude. Pour preuve, ils ont arpentés les pentes du Chimborazo ce matin !
Nous avons vite pris la mesure d’un périple avec 6 enfants : trouver une table pour 10 au restaurant, compter tout le monde en montant dans le bus puis en descendant, encourager chacun lors de nos balades à pied ou de nos ascensions, gérer les coups de fatigue de l’un puis de l’autre, éviter les jeux trop bruyants dans les hôtels (certains n’apprécient pas trop le « 1, 2, 3 soleil » sur leur porte !) …
Tout le monde est ravi de découvrir ce pays et de s’extasier devant les volcans lorsqu’ils se dévoilent ou devant les vigognes sauvages de l’altiplano ! Les journées sont et seront bien remplies alternant les plaisirs des petits et des grands…
Depuis hier, nous avons définitivement quitté la région du Chimborazo et notre maison de Bayushi pour prendre la direction du Sud. Nous allons circuler pendant une semaine avec 2 véhicules et 2 chauffeurs et l’expérience de hier nous a définitivement convaincu de prendre les choses en main au niveau de l’orientation ! Nous avons roulé pendant plusieurs heures sur des chemins de terre, à la nuit tombante, au milieu de paysages superbes ! Mais malgré la patience exemplaire des enfants et l’aspect rocambolesque de cette expédition, nous étions très heureux de pouvoir enfin nous poser dans notre hôtel de Cuenca …à 22h !
|
Publié à 06:46, le 7/08/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
La fin approche ! Pas encore de manifestations physiques d’un retour imminent. Mais les conversations ont, ces derniers jours, souvent glissé sur les perspectives des retrouvailles. Puis notre départ de Riobamba marque définitivement un tournant. Début de nos « vacances » avec Gaëlle, Jean-Marie et leurs enfants, il s’agit également de nos 3 dernières semaines sur le continent sud-américain. C’est presque un choc.
Nous ne synthétiserons pas. Chaque particule de notre périple assure la cohésion de l’ensemble ; chacun de ses grains imprime une nuance qui, toutes ensembles, définissent la finesse de nos sensations, forgent nos impressions et éclaireront nos souvenirs. Certains nous échapperont avec le temps. Alors il est encore temps de laisser l’éther nous imprégner plus profondément.
Sans recul, nous pouvons tout de même faire un point, que nous n’espérons pas être une conclusion, sur nos expérimentations à Bayushi. Malgré quelques espoirs, la fabrication des pâtes reste un casse-tête. Nous avons cru pourtant tout tester : le mélange, le repos, le séchage, les ingrédients et leurs proportions. Sans succès. Invariablement, nos pâtes se dérobent sous la fourchette, une fois cuites…Le process complètement manuel ne facilite pas non plus l’expérimentation rigoureuse…Il nous reste une ou deux idées, et nous manque certainement la maîtrise des paramètres cruciaux pour aboutir.
Côté shampooing, malgré un départ laborieux, les derniers échantillons produits laissent envisager une sortie honorable (merci Marion). Une fois lavés, les cheveux n’ont maintenant plus la texture du crin ! La mise en œuvre de quelques produits complémentaires devrait permettre d’aboutir à une mixture finale tout à fait convenable et vendable !
Nous nous sommes appropriés quelques semaines ces projets, qui retournent maintenant dans les bras de leurs initiateurs. Nous espérons vivement que le groupe des femmes saura surmonter les déceptions et faire preuve de créativité pour débusquer les justes formules. La question de l’expérimentation et du sens critique est une des clés de leur réussite. Nous avons été parfois étonnés par le manque de capacité de nos interlocuteurs à réfléchir par eux-mêmes. Il s’agit là d’un problème structurel, voire atavique ! Toutes les générations avec lesquelles nous avons été en contact nous ont semblé démunies face à l’initiative.
Lors des cours d’informatique, nos élèves ont souvent eu le réflexe de mémoriser des procédures, constituées de tâches élémentaires, pour répondre à un problème donné. Si la consigne change, c’est toute la procédure qui semble devoir être ré-apprise. La re-combinaison des tâches élémentaires n’apparaît pas aisément comme une démarche possible. Avec amusement, nous constations les regards parfois effrayés, parfois indignés lorsque, face à un problème donné, nous demandions : « comment allez-vous vous y prendre ? ». Nous nous devions, semble t-il, de communiquer la méthode, nos élèves se pliant volontiers à la répétition de la tâche.
Cette donnée, observée au Pérou, se répète donc ici. Nous ne sommes malheureusement pas très familier des questions de pédagogie, mais, au risque d’être caricatural, il semble que l’enseignement soit compris comme la mémorisation d’informations seulement. L’apprentissage de méthode de raisonnement ou de travail semble manquer cruellement.
|
Publié à 01:28, le 30/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Samedi 25 juillet 2009
On a rencontré une famille française avec un garçon qui s'appelle Timoté, qui a 6 ans et demi, une petite fille qui s'appelle Zoé, qui a 3 ans. Ils vivent dans une camionnette qui ressemble à un camping-car. Ils vont dans tous les pays de l’Amérique. Avant ils ont vécu en Chine et en Suède. C’était l’ancien pays des Vikings ils ont vécu il y a 1000 ans.
Papa est monté tout en haut du Chimborazo et ça a été très difficile pour lui. Il y avait une tempête de neige au sommet. Et il marchait très lentement, il faisait beaucoup de pauses. En rentrant il était très content mais il était très fatigué. Le guide a poussé papa pour aller tout en haut. En revenant le guide disait « dépêchez-vous » parce que le soleil allait se lever donc les pierres allaient tomber.
On va bientôt partir avec nos amis. Papa et maman commencent à ranger la maison. Nos amis vont arriver dans 4 jours et on est impatient de les voir. Ils s’appellent : Alice qui a bientôt 7 ans, Jules qui a bientôt 5 ans, Mathilde qui a bientôt 3 ans. Ils ont un petit frère Félix qui a 1 an et qui reste en France.
|
Publié à 22:42, le 27/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Il est 5 heures du matin. Je marche depuis minuit sur les fortes pentes du Chimborazo et je n’en peux plus. Vidé. Epuisé. Nous sommes à 6000 m d’altitude et mes jambes ne me portent plus. Je manque d’air. Je marche au rythme de ma respiration, très lente et très profonde, pour éviter l’asphyxie. Nous ne sommes plus très loin du sommet mais à cet instant il me semble inaccessible. J’ai besoin de boire et de manger. La pause n’est guère confortable : assis dans une pente à 40°, planté sur les crampons, le vent glace mon dos trempé de sueur que mon sac à dos ne protège plus. Mes moufles m’empêchent d’ouvrir le sac et d’y trouver ce que je cherche. Je les retire et mes doigts se congèlent instantanément. C’est le coup de grâce porté à mon moral en berne.
Pourtant je comptais sur lui. Conscient de la difficulté de la tâche, je savais pouvoir m’appuyer sur ma volonté farouche d’aller au bout. Un peu plus tôt cependant, nous avions dû franchir un passage très incliné et complètement glacé, nous promettant une descente en désescalade sur les pointes de devant. Cette perspective associée à ma fatigue ne m’enchante pas. Plutôt que de me pousser vers le haut mon mental me suggère alors de redescendre au plus tôt pour assurer une descente en sécurité.
Le matin au départ du refuge nous étions deux cordées. Un belge flamand, son amie ukrainienne et leur guide puis mon guide et moi. Nous nous suivons, les deux cordées adoptant peu ou prou un rythme prudent. Pourtant, vers 5600m Ludmila est prise de violents maux de têtes. Malgré son ascension du Cotopaxi quelques jours plus tôt, l’altitude semble lui jouer un mauvais tour. Il est plus prudent pour elle de redescendre rapidement. Un nœud de huit en plus sur la corde et Koen se joint à nous pour éviter une descente forcée avec leur guide.
Sa présence me motive. Je m’en voudrais un peu de devoir faire redescendre la cordée si près du but. Je m’ouvre de mon état physique auprès d’Eloy, mon guide. Il est bien conscient que je suis à bout mais l’option ne l’enchante pas. Malgré ses 400 ascensions, il est motivé comme un gosse et bien décidé à emmener tout le monde au bout. Il me propose gentiment de grimper 20 mètres de plus pour voir si la pente s’adoucit un peu. Je ne suis pas dupe ! Il connaît la topographie des lieux par cœur et il cherche simplement à gagner du temps. Je lui envoie une tape amicale dans le dos et dans un sourire je lui donne mon accord pour ces 20m, sachant que je signe vraisemblablement pour un bail un peu plus long. Je fais abstraction de mon inquiétude de la descente et je me remets à y croire, comme un peu plus tôt dans la nuit, lorsque j’avais l’impression de maîtriser et de dominer mon sujet, mes poumons et mes jambes s’adaptant parfaitement aux changements de déclivité. Les quelques calories de la pause me font me sentir un peu mieux. 260m de dénivelé et 1h30 plus loin nous rejoignons le dôme Vintimille à 6260 m, l’un des deux sommets du Chimborazo. Le dôme Whimper, le point culminant, se situe 50 m plus haut mais 1 heure plus loin. Impossible à envisager. Il est 6h30 et il est impératif de redescendre avant que le soleil ne déclenche les chutes de pierre parfois mortelles dans le couloir situé au dessus du refuge. Cet impératif de temps rend la descente très éprouvante. Nous ne pouvons pas reposer autant que nous le souhaiterions nos genoux et nos cuisses en fusion. Eloy vole et nous engueule un peu. Il n’aime pas ce passage.
A 8h30 nous nous libérons de nos baudriers et à 9h, au refuge, le rêve est devenu réalité.

|
Publié à 22:00, le 25/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
- Se promener tous les 5 sur les chemins entre Bayushi, Calpi, Palacio Real, San Francisco de Cunuguachay.
- Découvrir le Chimborazo au détour d’un chemin ou au hasard d’un regard levé et se laisser submerger par cette vision irréelle et imposante.
- Guetter les jeux de lumière en soirée sur les Altar et le Tungurahua au gré des connivences entre les nuages, le paramo et les sommets enneigés.
- Déjeuner le samedi midi dans « notre » restaurant de Riobamba après s’être baladé en ville ou aux alentours.
- Pétrir la préparation pour les pâtes et composer entre l’impatience et l’espoir d’un meilleur résultat à la cuisson.
- Accompagner les enfants de Bayushi en soirée pour aller chercher leurs lamas aux champs. Les enfants passent leurs vacances à aider leur maman dans les champs et attendent souvent impatiemment la rentrée !
- Prendre un café avec Pierrick au gré de ses visites impromptues et échanger avec lui sur la vie des indigènes, sur l’Equateur…
- Echanger quelques heures et partager une bière, un café, un repas avec les touristes ou les voyageurs au long cours rencontrés dans la cadre de l’association ou par hasard dans un café internet. Qu’il s’agisse d’un jeune couple en partance pour le continent, se laissant guider par leurs envies, de touristes en vacances pour 3 semaines, de familles en route pour un tour du monde ou pour une découverte de l’Amérique du Sud en camionnette…, que de bons moments partagés et quel plaisir pour les enfants de jouer avec ces copains d’un jour !
- Rêver de grimper jusqu’au sommet du Chimborazo…


|
Publié à 01:33, le 25/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
 
Le Chimborazo est remarquable à plus d’un titre. C’est tout d’abord le plus haut sommet d’Equateur. Il est aussi le point le plus éloigné du centre de la Terre du fait de son renflement dans cette région du monde.
Le páramo équatorien, malgré son altitude, offre des paysages verts et vallonnés. Zone de culture et d’élevage on oublie, ne seraient-ce les températures nocturnes et le souffle parfois un peu court, que nous vivons à 3200 mètres d’altitude dans un environnement de haute montagne ceint de sommets parmi les plus hauts des Andes. La vision de la masse colossale de notre voisin endormi apparaît ainsi comme un décor en arrière plan, posé là pour magnifier la scène. Le contraste entre ses élévations gigantesques et les douces collines qui nous entourent est tel que sa présence même semble surréaliste.
Samedi matin nous avions décidé de partir à l’assaut du second refuge du Chimborazo à 5000m. La présence d’une piste carrossable permettant d’accéder au premier refuge à 4800m rend la randonnée tout à fait accessible, même aux enfants. Nous avions programmé cette balade avec José, un ami de Gilles et Cécile vivant à Guabug, un peu plus haut dans la vallée. Il possède une voiture et était très heureux de pouvoir nous emmener ! Au réveil nous avons eu la surprise de découvrir un ciel parfaitement dégagé, pour la première fois depuis 1 mois. Le Tungurahua, les Altar, la fumée du Sangay et évidemment le Chimborazo nous offraient un panorama unique. L’arrivée de notre guide du jour avec 5 minutes d’avance (!) annonçaient donc une matinée idéale.


La montée vers le refuge nous aura permis de retrouver les paysages splendides de désolation de l’altiplano, à plus de 4000m. Les récentes précipitations ayant recouvert le paysage d’une fine couche de neige, l’impression de haute montagne fut encore renforcée. Le sentiment de faire un peu « d’andinisme » aussi ! Bien accoutumés à l’altitude, les enfants ont bien encaissés la grimpette. Gravir un volcan enneigé suffisait à leur motivation…
Amélie :
Samedi, on est allé au Chimborazo : c’était bien parce qu’on pouvait faire des boules de neige. On était monté au deuxième refuge. C’était un petit peu difficile parce que ça montait et parce qu’il y avait beaucoup de neige. On a fait beaucoup de pauses.
En descendant aussi, c’était difficile parce qu’il fallait planter les talons dans la neige. On était redescendu au premier refuge et il y avait de l’eau parce que la neige avait fondu. Papa et maman croyaient qu’il allait faire froid mais il faisait chaud parce qu’il y avait du soleil.
On a vu des animaux qui s’appelaient des vigognes. Elles étaient très belles !
C’est drôle parce qu’il n’y avait pas d’arbre…
Aurélien :
Pour aller sur le Chimborazo, José nous a emmenés. Quand on était dessus il y avait beaucoup de neige. Pour Amélie, Camille et moi ça a été difficile. On a fait quelques pauses. Quand on est arrivé au refuge (c’est comme un petit hôtel pour les alpinistes), on a mangé un petit peu, après on est retourné à la voiture. En rentrant on a ramassé des pierres du Chimborazo. On a vu aussi des vigognes sauvages de près.

|
Publié à 16:06, le 13/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
"San Juan", "Dos de Octubre"...

Ce sont les noms des bus que nous prenons pour descendre à Riobamba. Un trajet en bus constitue toujours un véritable spectacle vivant. Les femmes en costume traditionnel discutent entre elles ou somnolent. Elles portent un petit chapeau blanc ceint d’un ruban noir, une jupe droite, un châle coloré, fermé sur la poitrine par une broche et un collier doré encerclant plusieurs fois leur cou. Se rajoute parfois un carré de laine qu’elles manient avec beaucoup de virtuosité pour envelopper sur leur dos la charge du moment : enfant, provisions, plantes au retour du champ… Il n’y a rien que ne puisse porter sur son dos une femme indigène !
Pour l’instant, le bus poursuit sa route, leur offrant un instant de repos. Les têtes dodelinent, au même rythme que les franges des rideaux « pare-soleil » du chauffeur et des colifichets suspendus au rétroviseur. L’intérieur du bus est « cosy » : outre les jolis rideaux évoqués ci-dessus et les innombrables pendentifs, une moquette de couleur vive vient souvent rehausser la décoration terne des plastiques. La touche finale est apportée par des autocollants disposés un peu partout : des saints, la vierge Marie, des Ferraris et des héros de mangas.
Une femme dort du même sommeil que l’enfant allongé sur son ventre, bercés par les cahots. Un vieux monsieur mange lentement sa glace tandis qu’un jeune au style vestimentaire très tendance, un bonnet « Nobody does it better » enfoncé sur la tête tente de dénicher l’improbable place libre. Un bébé, chaudement emmitouflé, commençant à trouver le temps long trouvera vite le réconfort du sein de sa mère. Au fond du bus, sombre, soudain un éclat : un vieux monsieur nous adresse un franc sourire doré ! Les sacs de toile contenant légumes, patates, farine ou autre victuaille s’entassent derrière le siège du chauffeur. Les gens aussi s’entassent ! La devise du chauffeur semble être : « quand ça ne rentre plus, ça rentre encore ». Au départ de la ville, il roule porte ouverte et fait monter tous ceux qui attendent sur le bord de la route. Même l’entraineur réussira à faire monter toute son équipe de jeunes sportifs. Quant au samedi, jour de marché, les bus sont plus fréquents, les marchandises plus imposantes et la probabilité de croiser un homme imbibé de « trago » plus forte. Devant son incapacité à élaborer une phrase autre que « Chimborazo, frio, mucho frio… », il ne reste plus qu’à croiser les regards amusés des voisins et à guetter l’arrêt de Bayushi.
Riobamba-Bayushi : 25cts de $ et de nombreuses tranches de vie...
|
Publié à 17:06, le 7/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Indépendants, dans notre propre maison, nous ne sommes pas immergés dans la vie quotidienne d’une famille comme cela était le cas à Arequipa. Aussi apprécions-nous, dès que nous le pouvons, de partager la vie de l’école de Bayubug ou celle de la communauté (la notion de village est ici trop géographique : les gens se retrouvent pour partager leur destin). Le dimanche nous aimons donc nous joindre aux habitants de Bayushi pour jouer au foot (les matchs se succèdent de 7h à 18h !), au volley, partager quelques verres et grignoter. L’ambiance est très conviviale et les garçons Néraud sont très heureux d’intégrer les équipes locales !
Notre vie ici est simple : nous nous déplaçons en marchant, nous ne mangeons que des produits issus de la terre, fruits, légumes frais et féculents ; tout se fait à la main : laver la vaisselle, laver le linge, filtrer l’eau, nourrir « notre cochon » avec nos déchets organiques et brûler les autres déchets. Concernant ce dernier point, l’habitude consiste tout simplement à tout jeter dans les fossés, les habitants n’ayant pas d’autres alternatives : pas de poubelles, pas de ramassage.

Pour nos voisins indigènes, les préoccupations quotidiennes sont également réduites à l’essence de la vie : manger, travailler pour manger. Cependant, l’éducation, la proximité de la ville, modifient peu à peu les comportements, les envies, les besoins : chacun possède un téléphone cellulaire ; nous avons aussi eu la surprise de voir quelques uns de nos « élèves » se présenter aux cours d’informatique avec un ordinateur portable. Le passage à la connaissance du monde grâce à internet ou la télévision révèle aussi son lot de frustrations. Le petit écran propose un univers de confort, de luxe et l’accès à une société de loisirs et de divertissement qui paraît soudain assez proche. Les rêves se confrontent vite cependant à la prose du quotidien qui n’offre, lui, par le truchement de jobs instables et sous-payés, que des moyens de survie. Dimanche dernier, nous étions donc spectateurs des joutes footballistiques, conversant avec quelques jeunes. Nous nous sommes attardés avec un jeune papa, curieux de comprendre notre présence ici et volontiers disert à son tour sur le mode de vie des gens de Bayushi. Rapidement nous oublions le gouffre qui nous sépare. La conversation prend vite un tour amical, naturel, informel. Nous évoquons nos activités et il nous vient naturellement une question typiquement occidentale, qui, ici, n’est pas toujours l’objet d’un intérêt particulier : « et toi, quel est ton métier ? ». Sa réponse dans un sourire laisse filtrer une certaine gêne… « tout…je travaille dans tous les domaines ! ». Deux interprétations nous viennent à l’esprit : le taux de chômage est un poids énorme et ne permet que très rarement l’établissement dans une situation de sécurité ; le système D et la débrouillardise fonctionnent à merveille et permettent de rapporter un peu d’argent pour nourrir la famille. Ici aussi, « todo se puede », par obligation. Il ne s’agit pas du leitmotiv d’un eldorado mais de la qualification d’un système qui génère une activité économique brouillonne et informelle.
Nous habitons à quelques kilomètres du village de San Juan qui fêtait dimanche dernier son saint patron. Au menu, défilé haut en couleurs de toutes les écoles et les associations de la communauté, stands de boisson et de nourriture répartis tout au long de la rue principale et lâchers de taureaux dans une arène pour terminer la journée. Cette tradition héritée de l’époque coloniale perdure et apporte une bonne dose d’adrénaline aux jeunes autochtones.
Comme une synthèse de l’univers andin, l’arène est faite de bric et de broc ! Sur un des côtés, quelques madriers et quelques planches permettent de créer un niveau où la foule s’entasse. Dessus et dessous. Quelques toiles tendues sont supposées protéger du temps menaçant de ce dimanche. Sur deux autres côtés, l’espace de jeu est cerné par les maisons. Leurs occupants proposent aux passants de payer un dollar pour accéder aux terrasses et bénéficier d’un point de vue privilégié. Sur le dernier côté, devant nous, l’entrée des fauves : quelques bétaillères ferment la piste et permettent aux taureaux de sortir directement pour affronter les toreros improvisés, les ivrognes dont la conscience du danger a disparu, les braves qui vont crânement défier la bête et tous les fougueux prompt à tromper la mort. « Ici, on ne tue pas le taureau, c’est lui qui nous tue » nous explique-t-on.

De notre mirador, perchés sur des bidons rouillés, entassés sur des bancs improvisés constitués de simples planches, nous avons tout le loisir d’observer le sens du défi, la prudence des uns et la témérité des autres. Parfois la foule s’émeut bruyamment : le « toro » a compris la danse de l’artiste ; un pas trop loin, une fêlure dans le rythme et pendant quelques secondes le sort hésite, jusqu’à ce que le héros trouve refuge en plongeant sous les balustrades, mettant fin à quelques instants d’un magnétisme intense. Aujourd’hui les taureaux n’ont pas eu de chance. Les matadors ont été habiles, les animaux fatigués et peu inspirés. La lumière est tombante, l’air humide et soudain très frais. La tension semble baisser un peu. Dans la pénombre, les bêtes soufflantes et transpirantes sont peu à peu enveloppées de brume. C’est fini. La multitude pressée qui s’engouffre dans les bus pour Riobamba ne verra pas les dernières courses et les derniers efforts pour affirmer, une fois encore, la vaillance du cœur. L’ultime auditoire espèrera encore l’indicent, tout en redoutant l’accident.
|
Publié à 22:50, le 2/07/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Nous avons commencé à donner des cours d’informatique : 4 fois par semaine à Bayushi pour les jeunes et les moins jeunes et 3 matins dans l’école de Bayubug. Il s’agit d’un village plus éloigné de Riobamba, plus rural et où, par conséquent, la culture indigène est moins influencée. Nous avions découvert rapidement l’ « heure équatorienne », nous avons également pu appréhender les coutumes locales d’improvisation permanente. Un exemple parmi d’autres : mardi matin à l’école seule une des deux maîtresses était présente, l’autre étant partie en ville après avoir fermé la salle où se trouvait l’unique câble d’alimentation électrique, sans par ailleurs avoir communiqué le mot de passe des ordinateurs ! Mais une demi-heure après, le cours pouvait commencer…


C’est une petite école de 10 élèves (tous frères ou cousins) de 6 à 12 ans, ouverte de 7h30 à 12h30. Détail surprenant pour nos yeux d’étrangers : la maîtresse vient avec son bébé à l’école et les grandes filles assurent la prise en charge et le portage de la petite, enveloppée dans un châle !
Ici aussi, les enfants sont adorables et ont le goût d’apprendre. L’école a reçu en cadeau 2 ordinateurs ce qui nous permet de travailler autour de ces nouveaux outils. Nous touchons vraiment du doigt la fracture numérique. Ces enfants découvrent ce qu’est un ordinateur et entendent parler pour la première fois d’Internet.
Comme le dit Pierrick, les populations indigènes sont en train de passer directement de la culture orale (quichua) à la culture numérique. Comme pour illustrer ce propos, nos cours d’informatique du soir à Bayushi suivent les classes d’alphabétisation pour les personnes âgées. Dans un tel cadre et un tel contexte, Internet peut constituer une ouverture indéniable vers d’autres mondes et plus prosaïquement vers d’autres initiatives. Les idées en effet ne manquent pas pour améliorer la vie quotidienne et pour sauvegarder la culture indigène.
C’est ainsi que les indiens Guarani d’Amazonie ont pu faire un inventaire exhaustif de leur langue grâce à l’ordinateur baptisé en conséquence « Ayu-riru-rivê » qui signifie « boîte pour accumuler la langue ».
La société civile s’est prise en main, particulièrement dans les Andes. Les femmes principalement, un peu partout, se sont constituées en associations pour améliorer les conditions de vie dans les milieux ruraux : création de micro-entreprises pour apporter de la valeur ajoutée aux productions locales ; communication autour du commerce solidaire ; développement du concept d’éco-tourisme.
(ci-dessous les shampooings des femmes de Bayush et le musée du lama à Palacio Real)


La pauvreté de masse reste cependant une réalité. En Equateur comme au Pérou, les droits de l’homme, au sens où nous les entendons, sont sans doute respectés : la tenue d’élections démocratiques, la liberté d’expression, sont des réalités. Cependant en Amérique Latine, se revendiquent les droits sociaux, économiques et culturels, qui constituent, avec les droits civils et politiques, la charte internationale des droits de l’homme de l’ONU. La communauté internationale condamne régulièrement, sous forme de sanctions économiques, les pays dont les gouvernements violent les droits civils et politiques. « Qu’en est-il de ceux qui violent « l’autre moitié » de la charte internationale » se demande un juriste uruguayen, Juan Faroppa Fontana ? Tant que la réponse à cette question ne sera pas une évidence, les inégalités et la misère demeureront patentes ! Nous avons déjà évoqué les taux d’emprunts prohibitifs au Pérou (équivalents en Equateur) ; il faudrait également évoquer l’énorme masse des travailleurs informels (vendeurs ambulants, chauffeurs et « cobradors » des combis d’Arequipa…), qui, non déclarés, disposent d’un « négocio » impossible à développer, puisque sans existence officielle ou légale. La richesse de ces pays est dans les mains des hommes et des femmes entrepreneurs, à qui il ne manque souvent que l’accès au crédit, aux titres de propriété ou à la technologie pour se développer.
Ces réflexions nous ont été inspirées par la lecture de deux livres : « 80 hommes pour changer le monde », Sylvain DARNIL et Mathieu Le ROUX ; « Guerre froide et Eglise Catholique – L’Amérique Latine », Charles ANTOINE.
|
Publié à 23:35, le 26/06/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Nous sommes à Bayushi depuis une semaine. La présence de Pierrick nous permet une compréhension plus rapide du mode de vie équatorien. Prêtre catholique, il a décidé il y a 10 ans de venir s’investir ici. Aujourd’hui, en charge de la paroisse de Calpi, il connaît bien son monde et nous fait profiter de sa connaissance des lieux, des coutumes et des gens.

Nous découvrons donc le monde rural de la sierra. Si Riobamba (plus de 100000 habitants) se situe à un gros quart d’heure en bus, notre petite communauté semble très lointaine du mode de vie citadin. La plupart n’a pas de voiture et malgré la fréquence des bus, chaque demi-heure environ, rejoindre la ville constitue un petit voyage. Toutes les familles possèdent quelques arpents de terre ou paissent quelques lamas, moutons et cochons. Les femmes semblent largement en charge des travaux agricoles et de l’attention portée aux animaux. Nous n’avons presque pas vu d’hommes dans les champs. Ces derniers travaillent en ville ou sont partis vivre sous d’autres cieux, en Equateur ou ailleurs. Il y a en effet eu une période d’immigration très forte vers l’Espagne, il y a quelques années. Le pays aurait perdu entre 1 et 2 millions d’habitants, sur un total de 13 ! Hispanisants et catholiques, les Equatoriens ont été les bienvenus pour répondre à un besoin de main d’œuvre important de l’industrie agricole espagnole. Les conditions d’entrée en Europe se sont durcies depuis et le flux s’est tari. Mais les équatoriens sont restés en Espagne et leurs revenus ainsi que les subsides envoyés aux familles restées ici constituent une entrée d’argent non négligeable. On parle de la troisième source de revenus à l’échelon national, après le pétrole et les bananes (premier exportateur mondial !). Bayushi s’est ainsi enrichi de quelques maisons cossues, souvent inhabitées, leurs propriétaires salariés en Espagne ne rentrant qu’à l’occasion.
La campagne est magnifique. Beaucoup plus arrosée qu’au sud du Pérou, elle présente un visage plus vert. Les nuages et les éclaircies offrent un jeu d’ombre et de lumière splendide. Un régal pour les photos !


Nous avons retrouvé ici les eucalyptus déjà rencontrés sur le lac Titicaca ou dans la vallée d’Urubamba. Mais leur contemplation extatique vient de prendre un coup dans l’aile ! Pierrick nous a en effet expliqué qu’ils ne sont pas adaptés à la géographie équatorienne. Ils ont été importés d’Australie par un ancien président de la république qui serait revenu de son voyage avec un plein cargo de cette essence. La plupart n’a pas supporté le voyage, mais la dizaine de plants restant a suffi à coloniser l’Equateur ! C’est un arbre magnifique mais qui boit énormément, en profondeur et qui assèche une surface de terrain importante, empêchant les essences natives de se développer normalement. Malgré les apparences, la région de Calpi est pauvre en eau et les cultures nécessitent une irrigation constante. L’Eucalyptus se révèle donc être un fléau. Une prise de conscience progressive semble ramener les équatoriens à la plantation d’espèces plus adaptées. La flore semble tout de même assez diverse et abondante. Amélie vous parlera des « grands doux » et des « enroulés », jusqu’alors inconnus…


.
|
Publié à 01:32, le 20/06/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Nous sommes installés depuis quelques jours dans la maison qui sera notre « demeure » équatorienne pour plus d’un mois. Nous découvrons un environnement très différent de celui d’Arequipa où nous avons été choyés et pris en main dès notre arrivée et où le cadre urbain nous permettait de nous déplacer facilement et de trouver toutes les commodités rapidement.
Nous sommes dans la communauté de Bayushi sur la commune de Calpi, à côté de Riobamba. Nous disposons du premier étage de la maison du groupe de femmes : 2 chambres, une cuisine, une salle de bains et une grande pièce de vie. Nous sommes contents de retrouver notre indépendance et de réinvestir une cuisine même si « nous » avons grandement apprécié vivre quelques temps sans cette préoccupation quotidienne !
Au rez-de-chaussée se trouve une salle de réunion et la fabrique de pâtes au quinoa.
Cette activité est pour l’instant suspendue en raison d’insatisfaction du client (taux de retours important !!) : les pâtes ne se tiennent pas du tout à la cuisson. Nous avons donc compris que les femmes attendent de notre venue et de notre collaboration un progrès concernant ce problème !
Il est un autre projet qui demande une résolution de problèmes techniques : la fabrication de shampooing. Le produit ne donne pas non plus satisfaction car les cheveux sont a priori trop secs. Nous serons sollicités par ailleurs pour donner des cours d’informatiques aux jeunes et aux plus anciens : tous semblent très motivés par le sujet. Quoi qu’il en soit, le travail ne va pas manquer !!
L’accueil de Pierrick fut très sympathique : c’est un homme simple, au contact facile et très intéressant. Nous avons déjà appris un certain nombre de choses sur l’Equateur, sur la politique actuelle du président réélu, Rafaël Correa, sur la culture indigène, sur la religion et la cohabitation du catholicisme et des nombreuses églises évangélistes… Nous aurons l’occasion certainement de développer ces thèmes.
Nous sommes heureux de nous retrouver en campagne : les paysages sont montagneux, champêtres et très verts. Les nuages font également partie du décor ! Le temps est très variable et les lumières d’autant plus belles. Nous guettons les percées bleues pour pouvoir admirer les volcans qui nous entourent : le Chimborazo qui offre un spectacle presque irréel lorsqu’il se dévoile en arrière-plan ainsi que le Tungurahua qui fume depuis quelques temps. Nous avons pu observer des nuages de fumée lointains et caractéristiques d’émanations volcaniques : impressionnant !
Les enfants s’acclimatent bien encore une fois. Ils sont ravis d’avoir chacun leur lit, leur table de nuit et de pouvoir installer de nouveau (après quelques jours de transit par les hôtels) toutes leurs petites affaires…
Parmi les changements les plus notables pour l’instant, le temps donc. La langue aussi, notre aisance avec le castillan parlé au Pérou s’est évanouie et nous allons devoir refaire notre oreille à un accent différent, un peu « mouillé », comme le temps !
Pour finir, l'accès à internet est un peu compliqué. Il est possible que la fréquence de nos mises à jour sur le blog s'en ressente...
|
Publié à 02:41, le 17/06/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Il faudra bien se résoudre. Nous sommes partis du Pérou et écrivons aujourd'hui depuis Quito. Mais nous n'avons pas fini. D'en parler, d'y penser, d'y revenir.
Notre semaine à Cusco et alentour nous a donc marqué, par la beauté des paysages et par quelques rencontres, encore une fois.
Nous avons passé 5 jours dans la vallée sacrée, appelée ainsi parce qu'elle regroupe un certain nombre de sites archéologiques Incas majeurs. Nous avons vécu ces quelques jours dans un environnement parfait. Le climat est d'une douceur incroyable et malgré l'altitude, presque 3000m, l'hiver péruvien offre un spectacle plutôt surprenant.

Les paysages nous ont par ailleurs coupé le souffle. Plusieurs sommets enneigés constituent le fond idéal pour la scène grandiose de l'altiplano. L'harmonie est parfaite ! Le temps de la contemplation aurait pu remplir quelques journées encore...

La richesse des vestiges Incas nous a permis d'entrer un peu plus dans ce monde étrange, encore entouré de légendes, d'histoires invraisemblables, voire de théories fantaisistes. Nous nous sommes assez simplement émerveillés devant l'ingéniosité des architectes de l'époque et de leurs maîtres d'oeuvres. Les constructions parfois colossales, incroyablement précises, ont su résister comme nulle autre aux séismes. Les secousses des conquistadors espagnols furent malheureusement plus violentes. Le centre de Cusco semble d'ailleurs avoir été rasé à mi-hauteur. La base des édifices est souvent constituée de murs incas, soutenant les églises et les demeures coloniales.

Nous avons aussi partagé de bons moments avec Juan, 19 ans et homme à tout faire de notre hôtel : gérant en l'absence du propriétaire, cuisinier, guide et compagnon de nos soirées. Il nous a impressionné par la diversité de ses talents et par sa maturité. Il nous a aussi beaucoup appris sur la culture Quechua. Il nous a ému en évoquant son enfance laborieuse. Enfin il nous a étonné en évoquant les Incas.
Il persiste la croyance qu'ils n'ont peut-être pas disparu. Les montages abruptes, la forêt hostile sont le terreau idéal de fables fantastiques. La cité perdue des Incas, Païtiti, est toujours l'objet d'une quête. Juan lui-même nous a dit avoir tenté l'aventure avec des amis. Mais la cité possède des alliés trop puissants : les pluies diluviennes, les orages et les éclairs surnaturels, les condors, les pumas et les serpents se liguent pour dissuader les plus courageux ! Localement, il se raconte cependant quelques histoires étranges de rencontres hasardeuses avec un Inca...Juan nous a paru bien décidé à vouloir éclaircir cette intrigue !
Aurélien raconte à son tour ses impressions sur les Incas :
"Moi, j'ai préféré le Machu Picchu parce qu'on a vu des temples : le temple du soleil et le temple du condor. Les pierres des temples sont très bien ajustées ! Les incas croyaient en plein de dieux : les volcans, le soleil, la terre... La capitale était Cusco et leur drapeau était des couleurs de l'arc-en-ciel."
Il vous présente également la croix andine - la chacana - reprenant les trilogies sacrées de même que les règles régissant la société inca. Par exemple : ne sois pas voleur, ne sois pas menteur, ne sois pas oisif.

Le Pérou est un pays aux multiples richesses : une histoire passionnante, des ruines archéologiques dont on n'en finit pas de percer les mystères, un sous-sol riche en minerais, trios écosystèmes distincts : la costa (côte), la selva (forêt), lieu enchanteur d'après tous les témoignages, la sierra (montagnes) que nous avons pu découvrir en partie. Les péruviens dans leur ensemble nous ont réservé un accueil incroyable. Nous partons réellement enchantés par la découverte de cette diversité incroyable et heureux de pouvoir compter des amis de ce côté-ci de l'équateur.
Malheureusement pour eux, l'insuffisance de moyens du Pérou a mis une bonne partie de ces richesses dans les mains d'investisseurs étrangers. La tarification himalayenne (c'est un peu plus haut que les andes...) du fameux train pour le Machu Picchu profite surtout à l'actionnaire anglo-chilien. Les mines sont exploitées en majeure partie par des sociétés européennes ou nord-américaines. Les raisins péruviens gorgés de soleil sont envoyé au Chili pour y être vinifiés puis exportés. Aux péruviens de reprendre leur destin en mains ! En conclusion...

|
Publié à 23:33, le 11/06/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Nous ne pouvions pas quitter le Pérou sans visiter le Machu Picchu. Pourtant nous avons hésité quelques instants ! Les tarifs pratiqués sont un peu rhédibitoires et parfois aléatoires. Nous avons rencontré quelques problèmes techniques avec le site de Perurail pour acheter l'incontournable sésame d'accès à Aguas Calientes. Nous avons alors entrepris d'acheter les billets avec les agences de voyage d'Arequipa, l'anticipation étant indispensable vu la fréquentation des lieux. Le déplacement en train et l'entrée sur le site devaient alors nous coûter 700 $ pour cette seule journée...(nous avons dépensé environ 1000€ par mois sur Arequipa). Heureusement le site de Perurail s'est débloqué et nous avons pu nous passer des onéreux services des agences (le coût réel de la prestation pour nous 5 est tout de même de 350 $).
Notre prise de contact avec la Merveille démarrait donc mal. Au terminus du train, le village de Machu Picchu pueblo n'offre pas, tout d'abord, un visage très avenant. Comme souvent au Pérou, les bâtiments semblent être construits en toute anarchie. Le panorama est zébré d'innombrables fils électriques. Un empilement de blocs de formes différentes constitue les maisons et les hôtels. Les restaurants envahissent les rues et les serveurs rivalisent d'audace, parfois déplacée, pour attirer le touriste fort affamé ! Pourtant, nous avons bien été touchés par la magie des lieux. La latitude tropicale compense l'altitude pour offrir, à Aguas Calientes, une ambiance amazonienne magique.

Nous avons passé une partie de l'après midi dans les thermes, coincés au fond de la vallée entre les parois abruptes et recouvertes d'une végétation opulente. Le village lui-même finit par dévoiler sa nature. Développé pour les besoins du tourisme il est un refuge accueillant au fond d'une vallée ceinte de montagnes infranchissables. Son destin est lié à l'âge d'or du Machu Picchu et son charme est fait de cette fragilité.

La citadelle du Machu Picchu tient elle aussi toutes ses promesses. Découvrir de ses propres yeux les représentations classiques et largement diffusées du site constitue une sensation magique (Cf. Album photo). Elle est entourée de mystères : son origine, son histoire, restent encore floues. Quelle fut sa fonction ? Pourquoi fut elle abandonnée ? La nature environnante renforce cette impression. Elle paraît elle aussi incompréhensible, impénétrable. Les Incas ne choisirent sans doute pas l'endroit au hasard, tant la nature, coeur de leur spiritualité, impose sa présence. Les lieux semblent sacrés.

|
Publié à 07:31, le 9/06/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Nous sommes partis d'Arequipa hier. Nous partons ravis de nos 2 mois. Très tristes aussi d'y laisser tous les gens que nous y avons rencontrés. Travailler 2 mois avec l'école, partager le quotidien de la famille de Dina, ne sont pas des actes anodins. Le départ a donc été très émouvant. Il est difficile de promettre de revenir, mais aujourd'hui, à peine partis, l'envie est là !
Nous quittons aussi le Pérou plus concernés : par le devenir des enfants de l'école, par le projet d'éducation de l'association, par le soutien apporté aux familles. Il nous a été difficile d'abord de comprendre leurs conditions de vie. Les conditions d'accueil à Lara sont similaires aux autres écoles du Pérou et les bâtiments n'ont pas grand chose à envier à certaines de nos écoles en France. Les enfants font preuve d'un tel enthousiasme et d'une telle joie de vivre qu'il nous a été nécessaire de visiter quelques maisons et quelques pueblos jovenes pour comprendre. Comprendre les conditions d'hygiène déplorables parfois, la lutte quotidienne pour manger, les efforts immenses pour se maintenir à flot au jour le jour.
Quelques chiffres pour illustrer ce propos : la salaire minimum au Pérou est de 550 soles d'après nos sources : Carlos et Marco (ce que nous avons pu vérifier après quelques recherches, soit le salaire minimum depuis le 1er janvier 2008). Les parents des enfants de Lara n'ont souvent pas de travail fixe : beaucoup vivent de vente ambulante de produits divers. Beaucoup de mamans font ainsi vivrent leur foyer avec 10 à 15 soles par jour (2,5 à 4 €). Pour Sylvéria ou Victor dont nous avons visité les maisons il y a peu, la situation est pire. Sans activité de "négocio" ils n'ont pas d'activité rémunérée régulière.
La vie semble très bon marché au vu du pouvoir d'achat d'un européen, néanmoins, avec 10 soles par jour, il faut pouvoir se nourrir. Voici quelques repères :
Pour l'alimentation :
1kg de pommes de terre, 5 bananes ou 6 petits pains coûtent 1 sole
Une boîte de lait concentré : 2,5 soles
Un paquet de céréales type Chocapic (petit compromis matinal avec nos enfants) : 15 soles. Tous les produits "occidentaux" sont quasiment au même prix que chez nous. Beaucoup trop pour le porte-monnaie moyen péruvien.
Un menu dans un restaurant populaire : 2 à 3 soles.
L'habillement nous a semblé aussi bon marché : on peut s'acheter un jean ou une paire de chaussures pour enfant pour 30 soles.
Les transports : une course en taxi sur Arequipa coûte en moyenne 4 soles. Les bus sont moins chers (0.70 s) mais multiplié par 2 ou par 4 chaque jour, le total est loin d'être négligeable. Ainsi pour Alicia qui doit prendre 2 bus pour emmener sa fille à l'école, cela représente 2,8 soles par jour (soit 20% de son budget).
Pour une famille, 300, 400 voire 550 soles représentent donc un budget très serré. Tout est objet de compromis : inutile de revenir sur les conditions de logement ! Par ailleurs un certain nombre d'enfants ne mange qu'à l'école. Ils portent tous des chaussures trop grandes ou usées jusqu'à la corde. L'état moyen de leur dentition est aussi le signe, sinon d'une nutrition défaillante, d'un accès aux soins difficile (malgré l'apport de l'école sur ce point).
Le développement économique nous semble aussi largement handicapé par les conditions d'emprunts. Le micro-crédit, dont bénéficient un certain nombre de familles de l'école, se négocie entre 3 et 4%...mensuels, soit de 35 à 45 % annuels ! Nous avons vus des offres de crédit à la consommation autour de 17% annuels, le prêt immobilier se négociant lui autour de 11%. L'emprunteur péruvien présente t-il un profil particulièrement risqué ? Les banques péruviennes elles-mêmes sont-elles dépendantes de banques européennes ou américaines ne se risquant pas avec des établissements de pays sous-développés ? Quoi qu'il en soit, il n'est pas nécessaire d'être grand clerc en économie pour saisir le frein au développement que peuvent constituer ces pratiques.
|
Publié à 06:13, le 3/06/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
Vendredi 29 mai avait lieu, à l'école, la journée d'adieux officiels pour Auriane et pour notre famille. La veille au soir se tenait l'assemblée de tous les parents qui en ont profité pour nous dire au revoir en nous offrant quelques présents accompagnés d'une chanson, d'une poésie et de beaucoup d'émotion.
Vendredi à l'école, nous avons partagé un gâteau et fait une petite fête dans la classe d'Amélie et Camille puis dans la classe d'Aurélien. Nous nous sommes retrouvés avec toute l'équipe de l'école autour d'un bon repas, nous avons reçu des cadeaux, des dessins, des mots pleins d'amour le tout accompagné de nombreuses embrassades. Toute l'équipe de Lara réalise un travail formidable et il règne un véritable esprit de famille et de partage. Nous avons vraiment ressenti la chaleur de cette "famille" et nous n'oublierons pas la douceur de Marita la maîtresse d'Aurélien, l'énergie de Rocio la maîtresse des filles, l'implication de Susana la directrice...


Nous avons travaillé, rigolé, joué avec ces enfants ; ils nous ont parfois énervés et agacés mais qu'il est difficile de les quitter ! Nous n'avions jamais travaillé avec des enfants : le boulot est épuisant ! Ils demandent beaucoup d'attention, d'énergie, d'affection. Ils donnent également énormément. Il faut apprendre à gérer le flot d'émotion qu'ils génèrent.
Les enfants de cette école nous ont aussi donné une véritable leçon de vie en nous faisant découvrir leur joie de vivre quotidienne et leur formidable envie d'apprendre, alors que tous vivent dans des conditions difficiles et parfois dans une véritable misère. Ce sont des écoliers comme les autres : souriants, énergiques, intéressants et rien ne pouvait nous laisser deviner une telle réalité. Nous avons pu visiter quelques maisons et réaliser ainsi le quotidien de ces enfants. Nous avons découvert l'univers d'une maman et de ses quatre enfants. Ils vivent dans une sorte d'étable au milieu des vaches : 4 murs et un toît pour les protéger, mais pas de fenêtre, pas d'eau et des conditions d'hygiène très précaires. Nous avons également rencontré un papa qui vit avec ses 2 fils sur un terrain exposé au vent et au soleil. Ce qui leur sert de maison est en fait simplement un lieu de couchage c'est-à-dire un matelas sous quelques tôles !


Ce qui nous touche également c'est la façon dont les enfants, les mamans, les maîtresses ouvrent grand leur coeur à tous les français qui viennent partager un peu de leur temps avec eux ! La présence de nos enfants a beaucoup touché les familles et l'équipe de la Cuna. De même, les enfants de l'école ont beaucoup apprécié partager leur classe et leurs jeux avec des enfants français. Ils ont tous beaucoup joué avec Aurélien, Amélie et Camille. Ils apprenaient des mots en français, offraient des billes à Aurélien, les grandes filles prenaient soin de nos petites filles... Partout où nous allons, nos enfants nous permettent de rentrer en contact très rapidement avec les gens et de nouer des liens particulièrement forts !

Un dernier exemple de la générosité des personnes rencontrées dans le cadre de l'école : samedi soir, nous avons eu la surprise et la joie de voir Alicia et sa fille Arlina nous rendre visite dans la maison de Dina pour nous offrir quelques cadeaux de départ !
Les occasions ne manquent donc pas de partager un dernier verre d'ici mardi : départ, 11 ans de mariage, 1000ème visiteur de notre blog !!!!
|
Publié à 04:25, le 30/05/2009, Mots clefs : |
Lien |
|

Dimanche dernier, nous sommes allés rendre visite à Alicia, visiter sa maison et partager un petit déjeuner ensemble.
Alicia est la maman d'Arlina, une petite fille de la classe d'Aurélien. Elle a des liens assez étroits avec l'école et avec l'association qui constituent, à ses dires, sa seule famille. Elle a bénéficié l'année dernière de la construction d'une nouvelle maison par des lycéens et des étudiants français. Son histoire ayant été relatée dans le journal de l'association, elle jouit maintenant d'une certaine popularité auprès des volontaires français venant au Pérou. La présence d'Auriane, qui la connait bien, ainsi que de Carlos, qui avait participé à la construction de la maison, a aidé à renforcer les liens entre elle et nous.
Alicia, comme beaucoup d'autres mamans seules vit dans des conditions difficiles. Sa maison se situe dans le district de Mariano Melgar, au nord d'Arequipa, sur les premières pentes du Misti. Son quartier s'appelle Berlin et constitue l'un des derniers endroits habités de la ville.
Le chemin en combi est un peu long : le bus serpente la ville et grimpe péniblement la route en lacet. Petit à petit, les jolies maisons crépies et bien tenues du centre font place à des constructions plus aléatoires. Tout semble en chantier. La route asphaltée n'est bientôt plus qu'un chemin, la poussière soulevée par le vent et les véhicules emplit notre bus. La vue sur la ville se transforme aussi et le point de vue devient sublime, en cette matinée sans nuages. Le Misti et le Chachani se découpent sur le ciel au delà des dernières collines habitées. Le quartier voisin de celui d'Alicia s'appelle d'ailleurs Mirador.

Nous descendons au terminus de la ligne. Il nous reste quelques centaines de mètres à parcourir pour gravir le sommet de la colline où se situe la maison d'Alicia. Les gens un peu interloqués par le spectacle de 6 gringos dans leur quartier nous saluent cordialement et nous rassurent : "bienvenue chez nous, vous n'avez rien à craindre ici" ! La précision était-elle utile ? Si nous sommes venus sans appréhension particulière pour cette visite dominicale, je dois reconnaître avoir ressenti une certaine oppression dans ce quartier si pauvre, qu'on appelle pudiquement un pueblo joven et qui n'est autre qu'un bidonville. L'environnement est hostile, sec et désertique. Le vent soulève la poussière des chemins et il n'y a pas un seul arbre pour se protéger de l'incendie du soleil pourtant matinal. Les chiens vagabonds arpentent les rues et les maisons n'en ont que le nom, parfois.
Sur le chemin, Alicia est venue à notre rencontre. Nous sommes en retard et elle est un peu inquiète. Arlina semble ravie de nous voir arriver et est impatiente de nous faire découvrir sa maison ! C'est la dernière de Berlin. Au delà de la colline, c'est la seule maison sur ce versant. La vue sur Arequipa est exceptionnelle ! Le vent rappelle cependant l'altitude et laisse deviner des nuits plutôt froides dans cet endroit exposé.


La voilà donc cette maison : quatre murs et un toit en tôle. Une ligne d'alimentation en électricité mais pas d'eau courante, comme dans tout le quartier. Celà semble peu, mais il y a une porte avec une serrure, l'isolation et l'étanchéité sont bonnes, sauf un carreau cassé. C'est tout de même un havre qui protège et sécurise. Le sol est cimenté et recouvert d'une résine, une table trône au centre de la pièce, autour de laquelle on trouve le lit unique que se partagent Alicia et Arlina et un incroyable entassement de tous les biens du foyer. Pas question de laisser la brouette les planches ou les bidons à l'extérieur, par crainte des vols. Il y a peu, Alicia et sa fille vivaient dans un endroit plus exigu, avec un toit végétal bien peu étanche les jours de pluie. La porte ne fermait pas à clé et on peine à imaginer les difficultés rencontrées au quotidien dans un lieu si étroit.

Une amie d'Alicia nous a rejoint pour partager l'adobo, petit déjeûner dominical typique d'Arequipa. C'est une sorte de soupe à l'oignon enrichie de côtes de porc ! L'ensemble a cuit pendant 2 heures, la viande est délicieusement tendre, un régal ! Il est 11h et après le petit déjeuner que nous avons avalé vers 7h, la côte de porc semble gigantesque. Gourmand j'ai cependant accepté la proposition d'Alicia de me resservir !

Nous avons passé un moment très agréable tous ensemble. Alicia avait tenu a nous recevoir très généreusement. Les filles ont joué sur le lit avec les poupées d'Arlina. Elle et Aurélien ont entrepris de lire le livre de contes que nous avons amené. Finalement ce déjeuner est un moment très convivial autour d'une table. Il y a même du vin, un rouge mousseux très sucré. Mais nous y sommes restés seulement quelques heures et nous n'avons pas eu à souffrir du climat plus rude sur ces hauteurs, de l'absence d'eau courante, de salle de bains ou de toilettes. L'homme s'adapte à beaucoup de situations, mais il faut sans doute un courage et une énergie sans faille, au quotidien, pour surmonter les difficultés associées au manque de commodité des lieux.
L'endroit n'est pas inhumain. Le partage et la convivialité de cette matinée l'ont même rendu sympathique. Mais c'est un lieu difficile à vivre. Ici on se rapproche d'une lutte quotidienne pour la vie, sinon la survie. Il n'y a sans doute que peu de place pour des moments comme celui que nous avons vécu. La perception du gouffre qui sépare notre mode de vie de celui d'Alicia est troublante. Si loin si proche. En rentrant, nous profiterons d'une douche chaude, du plaisir d'un moment à écouter de la musique ou à lire. Nous jouirons de l'ambiance paisible et harmonieuse de la maison de Dina et de la sécurité de notre situation.
Et nous repenserons aussi au sourire et à l'énergie d'Alicia et d'Arlina.


|
Publié à 01:13, le 25/05/2009, Mots clefs : |
Lien |
|
|